Un terrain de 1’000 m² en zone pavillonnaire
Souvent, un couple de retraités dont les enfants sont partis — les acheteurs des années 70-80. Le jardin est devenu trop grand pour eux. Le potager, s’il a existé, s’est réduit au fil des ans.
Quelle quantité de légumes ce terrain produit-il aujourd’hui ?
En moyenne : presque rien.
Quand un potager subsiste — dans moins d’un cas sur cinq (INSEE, 2021)1 — il couvre quelques dizaines de mètres carrés et produit 60 à 100 kg par an (Marie, 2019)2. Le reste est occupé par la pelouse, les haies, parfois des surfaces minérales.
Le potentiel nourricier est là — mais il dort.
Si ce terrain produit si peu, ce n’est pas faute d’espace — c’est faute de temps humain pour lui apporter le soin nécessaire et le transformer en espace nourricier.
1’000 m² de jardin, personne ne peut les soigner intensivement — ni un retraité, ni un actif.
Quarante ans de retours d’expérience empiriques — des Melchiore à Chauffrey — nous permettent aujourd’hui de poser un calcul simple. Et il change la perspective.
Ce même terrain, divisé en quatre parcelles de 250 m² — des unités foncières comparables à celle de Joseph Chauffrey, dont je vous parlais hier.
4 maisons, 4 jardins, 4 jardiniers — au lieu d’un seul.
Si chacun cultive entre 45 m² (Chauffrey) et 90 m² (Ball) selon leurs méthodes — verticalité, succession, densification, intensité du soin — chacun peut raisonnablement produire 200 à 300 kg de fruits et légumes par an.
Production totale : 800 à 1’200 kg. Sur la même surface.
L’effet levier est considérable : potentiellement ×10 à ×20 par rapport à la situation de départ.
La surface n’a pas changé. Le sol est le même. Ce qui a changé, c’est le nombre de jardiniers — et la taille de ce que chacun a à gérer. Une grande pelouse et un ménage débordé deviennent plusieurs jardins et plusieurs jardiniers, chacun sur une surface à sa mesure.
Ce calcul repose sur une condition : que les nouveaux occupants jardinent.
Un argument revient souvent : le savoir-faire jardinier serait perdu. C’est en partie vrai — deux générations de pelouses et de supermarchés ont éloigné beaucoup de ménages de la terre.
Mais ce savoir n’est pas un don, il s’apprend. Jeff Ball était ingénieur. Curtis Stone était musicien. Joseph Chauffrey s’est formé en autodidacte. Personne ne naît jardinier. Et inutile d’attendre de découvrir la méthode parfaite — spoiler : elle n’existe pas — le jardinier grandit en jardinant.
- Il faut commencer.
- Mettre les mains dans la terre.
- Rater, comprendre, recommencer.
- Quelque soit la surface du terrain.
Nos grands jardins ont-ils du potentiel nourricier ? Oui.
Mais un potentiel sans jardinier pour l’activer reste un potentiel.
Accueillir de nouveaux jardiniers et accompagner leur pratique, c’est la condition — et c’est tout l’enjeu.
En matière de sols urbains, la division parcellaire est aussi une démultiplication des jardins, des jardiniers et, au fond, de notre capacité collective à jardiner.
Notes :
- Insee.
En 2017, 20 % des ménages ont consommé des produits alimentaires de leur propre production ou de celle d’un autre ménage
. Insee Focus, n° 236 (2021). - Marie, Maxime.
Estimation de la contribution de la production potagère domestique au système alimentaire local
. VertigO — la revue électronique en sciences de l’environnement 19, n° 2 (2019). L’étude documente la production potagère domestique à l’échelle de l’agglomération rennaise : les potagers de moins de 60 m² atteignent 2 kg/m², contre 1,2 kg/m² pour les parcelles plus grandes — soit un différentiel de productivité de 67 %.