De la ville-objet à la ville-processus : pour un urbanisme de la liberté

Perspectives
Publié le 13/04/26
Mis à jour le 13/04/26
3min de lecture
De la ville-objet à la ville-processus : pour un urbanisme de la liberté
Studio Gang | studiogang.com

Le Populus, à Denver, Etats-Unis

En urbanisme, nous parlons sans cesse du  vivant , mais nous avons peur de la vie.

Plus nous célébrons le  vivant , plus nous semblons refermer, méthodiquement, les conditions de la vie urbaine.

Nous, urbanistes, voyons le vivant en objet de maîtrise, de contrôle, et non de liberté.

Cette façade qui imite le vivant, en reprend les motifs, les irrégularités apparentes, est une allégorie de notre urbanisme.

Tout évoque la nature. Mais rien ne relève de la vie.

La vie ne réside ni dans des formes aléatoires, ni dans une esthétique soigneusement irrégulière, ni même dans la seule présence du végétal.

Ce qui fait vivre une ville, ce n’est pas qu’elle ressemble au vivant. C’est qu’elle en possède certaines propriétés fondamentales : la capacité à se transformer, à s’adapter, à évoluer sous l’effet d’une multitude d’actions distribuées.

Or c’est précisément cette distribution des décisions, des initiatives et des transformations que nous éliminons progressivement du champ des possibles.

L’évolution des villes a toujours été encadrée par des règles. Mais ces règles avaient pour fonction d’organiser les transformations, de les orienter, de les rendre compatibles entre elles. Elles n’avaient pas pour vocation de tout bloquer.

Le basculement du XXème siècle, et qui se consolide manifestement aujourd’hui, tient moins à l’édiction de règles d’urbanisme, qu’à trois mutations plus profondes :

(A) leur prolifération ;

(B) l’effet inextricable de leurs combinaisons, qui rend de plus en plus difficile les projets en densification du tissu existant, en particulier ceux portés par les habitants : divisions parcellaires, adaptations du bâti, tout ce qui permet à un tissu urbain de se reconfigurer finement dans le temps ;

(C) les passe-droits accordés à certains, à qui nous avons laissé la liberté de s’affranchir de ces règles pour finalement imiter ce que nous avons méthodiquement éradiqué : la vie elle-même.

C’est là que naît le paradoxe :

  • Plus nous bloquons la vie dans les processus de fabrication urbaine,
  • Plus nous développons une obsession étrange pour le  vivant .


D’un côté, nous sanctuarisons le vivant en figeant des fragments de territoire au nom de leur valeur écologique, ou des cœurs urbains au nom de leur valeur patrimoniale. De l’autre, nous imitons de façon presque fétichiste les formes du vivant en produisant des architectures dites  organiques .

Dans les deux cas, nous substituons à un processus une représentation figée. À la liberté organique, le contrôle formel.

Plus nous regrettons, simulons et sanctuarisons la vie, plus nous fermons progressivement nos systèmes urbains à la transformation distribuée, populaire et démocratique qu’ils connaissaient depuis des siècles.

Nous ne devrions pas chercher à introduire davantage de  vivant  dans la ville. Nous devrions apprendre :

  1. à ne plus étouffer la vie,
  2. à ouvrir en grand la possibilité, pour une multitude d’acteurs, d’intervenir, d’ajuster, de transformer la ville.


Rejoignez la discussion