Nous plantons des arbres. Et nous avons raison de le faire.
Mais nous devrions également construire plus.
Les arbres répondent à une demande sociale de vert
.
Le bâti crée une ombre puissante qui rafraîchit.
Je poursuis ma série sur nos 7 croyances contre nos territoires
.
Dans mes précédents articles : croire qu’il faut sanctuariser la pleine terre en ville pour protéger la biodiversité.
Aujourd’hui : croire que pour rafraîchir la ville, il ne faudrait pas construire plus mais planter plus.
Planter pour rafraîchir, l’idée paraît évidente.
Elle repose pourtant sur une erreur flagrante d’ordre de grandeur.
Nous surestimons l’effet thermique du végétal. Et nous sous-estimons massivement l’effet thermique du bâti.
Regardons les choses froidement.
La revue systématique d’Alonzo, Ibsen et Locke, publiée en 20251, synthétise 115 études parues entre 2018 et 2024 sur les arbres urbains et le refroidissement.
Elle indique que les forêts urbaines réduisent en moyenne la température de l’air de 1,6°C, et les zones sous canopée d’environ 0,76 °C, par rapport à des espaces bâtis comparables2.
- 1,6 °C.
- 0,76 °C.
Voilà les ordres de grandeur.
Regardons maintenant ce que produit la morphologie urbaine, mesurée elle aussi sur le terrain.
À Séville et Cordoue, les cours intérieures profondes permettent d’atténuer les pics de chaleur
Cours intérieures : une technique traditionnelle de climatisation passive des villes… qui révèle les limites de nos modèles de simulation du climat urbain
de 6,8 à 14,3 °C lors des épisodes les plus extrêmes (Galán-Marín, C, 2021)3.
Dans le logement social sévillan, une étude publiée en 2023 mesure encore des écarts de 8,1 à 11,1 °C selon la géométrie de la cour (Diz-Mellado, Eduardo et al. (2023)4.
Nous ne parlons pas du même monde.
D’un côté, un gain de 1 à 2 °C pour l’arbre urbain, sur la température de l’air.
De l’autre, 8 à 14 °C pour une forme urbaine dense, compacte, minérale, organisée autour de rues étroites et de cours profondes.
Et pourtant, que voit-on en France ?
Des villes qui prennent conscience qu’elles auront bientôt le climat de certaines villes espagnoles. Mais qui participent à un vaste concours de celui qui plantera le plus d’arbres…
Pas de concours symétrique, par contre, de celui qui proposera de construire plus haut, plus étroit, plus compact, plus ombragé.
Pourquoi ?
Parce que planter plus et construire moins
est devenu un objet politique parfait.
- L’arbre est visible.
- Photogénique.
- Presque moral aujourd’hui.
Les façades élevées et les rues étroites, elles, n’ont pas de service communication. La cour profonde, non plus. Quant au patio, et son emprise bâtie importante, il n’a pas eu les budgets pour faire campagne…
Le problème n’est pas qu’on plante trop (nous pouvons planter plus).
C’est de croire que planter pourra nous dispenser de construire la ville fraîche.
Comme si quelques arbres d’alignement pouvaient remplacer l’ombre portée du bâti. Comme si un peu de végétal pouvait tenir lieu de morphologie. Comme si l’on pouvait rafraîchir une ville, sans toucher à sa forme.
Notes :
- Alonzo et al., 2025.
Urban Trees and Cooling: A Review of the Recent Literature (2018–2024)
. Arboriculture & Urban Forestry. - Knight et al., 2021.
How Effective Is ‘Greening’ of Urban Areas…
. Environmental Evidence. - Galán-Marín et al., 2021.
Enhancing Urban Microclimates…
. In Climate Change in the Mediterranean and Middle Eastern Region. - Diz-Mellado et al., 2023.
Performance Evaluation and Users’ Perception of Courtyards…
. Journal of Environmental Management. ; Diz-Mellado et al., 2023 (IBPSA).Assessing seasonal fluctuations of thermal comfort in social housing courtyards
. Proceedings of Building Simulation 2023.