Sur la route de la Soie : les paysages du futur et le mûrier noir (Morus nigra)

Cadres de vie
Publié le 24/07/26
Mis à jour le 24/07/26
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Sur la route de la Soie : les paysages du futur et le mûrier noir (<i>Morus nigra</i>)
Yves Darricau

Morus Nigra : un fruitier oublié des fruits en jolies billes fragiles qui passent du blanc au rouge, puis au Noir

Continuons la remontée de la route de la Soie, du Caucase vers l’Afghanistan, là se trouve le mûrier noir, beau résistant au chaud et au sec. Sa migration d’abord bienvenue chez nous fut suivie d’un long repli menant jusqu’à l’oubli actuel : et pourtant quelles qualités. Replantons-le, il fait de beaux vieux !

Le Morus nigra monte, lentement, à 6-8 m, entre arbrisseau et grand arbuste multicaule, rustique (-12, -15 °C) sur un système racinaire à la fois profond et traçant, fait pour le sec et le pauvre… il est entomophile, produit énormément de pollen, fructifie à 15 ans, donnant des fruits ressemblant à ceux des ronces, excellents, qui mûrissent de façon très échelonnée (plus ou moins tout juillet), noircissent, tombent vite, s’ils ne sont pas chipés par les oiseaux.


Yves Darricau
Figure n°1 : Entre arbrisseau et grand arbuste multicaule

Son principal apport à la biodiversité est d’ailleurs là, dans sa capacité à fournir des fruits si appréciés des oiseaux, qui en délaisseraient les autres fruits des vergers et vignes !

Son histoire est passionnante. On le dit introduit par les Romains avec la vigne dont il était un compagnon apprécié. Mais sa présence serait bien antérieure, apportée par les premières migrations humaines : on a trouvé son pollen dans un site de l’âge du Bronze tardif à Sint-Gillis-Waas (Belgique).

Chez nous il était dans les vergers du Midi, les haies (feuilles au bétail) et les parcours des volailles (ombre, fruits)… Il a aussi bien servi au démarrage de la culture du ver à soie, mais fut alors vite supplanté par son cousin chinois, le mûrier blanc, plus productif en feuilles plus appétantes… Et maintenant il subit la concurrence du mûrier rouge américain à grandes feuilles et ombrage rapidement installé ; un surjoué, ni si beau ni si robuste.

Le constat est celui d’un quasi-oubli ; peu planté, peu produit en pépinières (avec une seule variété fruitière !), compagnon devenu inconnu.

Pourtant c’est un rare champion pour les longs étés chauds et secs qui nous attendent, pour nos volailles et oiseaux, et bien entendu, pour nos vignes dont il partage les exigences écologiques : c’était un arbre auquel on mariait la vigne ; les raisins y étaient protégés des oiseaux (et les feuilles plus saines).


Panneau du Choeur du Dôme d’Ivrée (1470), Musée d’art ancien à Turin, Italie
Figure n°2 : Le volatile gourmand attend la chute de la mure du Morus Nigra

On a bien là un sérieux candidat pour l’agroforesterie et pour le paysage futur. Vite, une mission de recueil des cultivars le long de la route de la Soie1.


Notes :

  1. Slow Food Foundation for Biodiversity. (s. d.). Found 14 results for  black mulberry .