Étape de la mer Caspienne sur la route de la Soie : le saule persan oublié

Cadres de vie
Publié le 22/07/26
Mis à jour le 22/07/26
3min de lecture
Étape de la mer Caspienne sur la route de la Soie : le saule persan oublié
Yves Darricau

La Saule Parfumé, Salix aegyptiaca, en floraison fin janvier dans le ciel de Londres, Angleterre

Remonter la route de la Soie pour y trouver des championnes capables de renforcer nos  flores locales  est, on l’a déjà vu, un pari facile à gagner, mais trouver aussi une pépite parmi les saules est pour le moins inattendu !

Cette famille des saules est une des plus vastes. Elle est historiquement, et largement, exploitée pour ses qualités physiques (liens souples et solides qui ont attaché nos vignes, servant en vannerie), pour ses aptitudes agronomiques (stabilisation des berges, valorisation, aération et dépollution des sols humides), pour son apport médicinal (acide salicylique/aspirine), pour son esthétique en jardins, et enfin pour son intérêt mellifère stratégique.

Les saules sont en effet des apporteurs généreux de pollens et nectar précoces, idéalement placés pour relancer les populations de tant d’insectes… (l’ordre de grandeur de l’offre en pollen dans cette famille est cité en centaines de kilos/ha, 400 à 600 kg/ha).

On pourrait penser qu’on en a fait le tour, et qu’il n’y a plus rien à voir : erreur !

Le Salix aegyptiaca, un caucasien des bords de la mer Caspienne, en est la preuve. Oublié des botanistes-voyageurs qui ont constaté son voisinage naturel avec les châtaigniers et noyers cultivés… et nous ont ramené beaucoup de ses voisins (dont les beaux Parrotia persica et Quercus castaneifolia)… il est resté, hors de sa zone initiale, une rareté d’arboretum, alors qu’il pousserait volontiers dans nos espaces.

Ce persan est pourtant un bel arbrisseau (10 m de haut max), dioïque, dont le mâle est très esthétique avec des chatons soyeux qui virent au jaune lors de l’ouverture des anthères.


Yves Darricau
Saule persan : sortie progressive des anthères

Curiosité restée méconnue, il est  gastronomique  : ses chatons mâles sont si sucrés qu’on en fait des dragées, des desserts et une eau florale parfumée encore très appréciée pour les repas de fêtes. Séchés, ils parfument les linges et servent en bouquets… (son petit nom anglais est Musk Willow).

Ses extraits sont très riches en antioxydants1.

Autres caractéristiques notables :

  • Il supporte mieux que ses cousins la chaleur et une certaine sécheresse ;
  • Il est le premier à fleurir, et de loin (fin janvier à Kew Gardens), comme le montre une étude anglaise sur la phénologie des saules utilisés en production de plaquettes de bois-énergie2 ;
  • Sa précocité de floraison et la quantité ainsi que la qualité de son pollen conviennent aux insectes qui se réveillent de plus en plus tôt.

Cet oublié, qui aurait été bien mieux nommé Salix persica, a le profil du candidat attendu pour le futur : beau, résistant, parfumé, utile…

Il a tout pour un marketing facile, sauf qu’il est quasi introuvable en pépinière. Cherchons l’erreur !


Notes :

  1. Shabnam Enayat et Sreeparna Banerjee,  Comparative antioxidant activity of extracts from leaves, bark and catkins of Salix aegyptiaca sp. , Food Chemistry, vol. 116, n° 1, 1er septembre 2009, pp. 23-28.
  2. Kevin Lindegaard,  Why aren’t we growing more willows as an abundant source of pollen for bees? , Willow Solutions, 12 septembre 2014.