La récolte des noix est en cours. L’arbre a souffert de la sécheresse, mais résiste tant bien que mal.
L’histoire de ce fruitier premier est bien intéressante : grâce à ses caractéristiques (fruits secs nutritifs, emballage solide et DLC longue), ses migrations, depuis ses refuges post-glaciaires (Asie centrale et piémonts himalayens), ont commencé avec les chasseurs-cueilleurs au Néolithique, puis se sont poursuivies par les éleveurs nomades, et enfin par les caravaniers de la Route de la Soie.
Chez nous, il serait entré depuis Rome, qui les tenait des Étrusques, qui les tenaient des Grecs, qui les tenaient des Perses, qui les tenaient des nomades d’Asie centrale… De fait, des noix spontanées du Kirghizstan ont toutes les caractéristiques de notre Franquette et seraient venues ainsi jusqu’à nous !
Certains botanistes avancent cependant que des îlots de noyers auraient survécu aux glaciations en Europe de l’Ouest et que l’apport romain aurait été surtout qualitatif.
Ses utilités — beau bois, huile, fruit nutritif… — ont facilité sa diffusion sur notre territoire, hors sols très acides ou très humides.
L’arbre a suscité de beaux paysages : des forêts fruitières, comme au Kirghizstan, où les noyers cohabitent avec d’autres fruitiers, jusqu’à des open-fields à noyers1.
Un mot sur les forêts fruitières : celles du Kirghizstan sont encore importantes. Créées il y a 2’000 ans par les nomades éleveurs qui y socialisaient lors des récoltes, elles sont le témoignage de ce qu’était la Route de la Soie : un chapelet plus ou moins continu de forêts fruitières du Tian Shan chinois à l’Anatolie (on verra : Memories of Eden — The Fruit Tree Forest of Central Asia, d’Olsvig-Whittaker2.
Le noyer a aussi une histoire de compagnonnage avec la vigne, comme arbre-support ou comme arbre d’ombrage léger et d’apport en fruits. Ses utilités paysagères et son intérêt écologique (pollen pour abeilles et autres ; fruit d’hiver pour la faune) en font un Arbre du Futur.
Son avenir dépend, comme pour beaucoup, de sa migration, l’obligeant à quitter le Sud trop sec pour monter dans le Nord et l’Ouest, chez nous et en Europe (on verra : Possible changes in spatial distribution of walnut under warming climate3).
Plantons-le en agroforesterie, en bords de vignes, de champs et de routes… et remettons à l’ordre du jour, avec lui, des îlots de forêts fruitières, tant de nos bosquets dérivent vers un ensauvagement appauvrissant, et n’ont qu’un modeste rôle nourricier incapable de soutenir une riche biodiversité.
On complétera aussi la chanson de Charles Trenet : Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une noix ?
… Eh bien, la Route de la Soie ; une grande part de notre histoire avec le monde végétal et un pan de notre avenir.



Notes :