Pendant que l’Europe recycle l’urbanisme du XXème siècle, le Vietnam invente celui du XXIème

Perspectives
Publié le 10/03/26
Mis à jour le 10/03/26
2min de lecture
Pendant que l’Europe recycle l’urbanisme du XXème siècle, le Vietnam invente celui du XXIème
David Miet

Organique, fin, incrémental, sur-mesure et vivant : le Vietnam a-t-il cracké le code source de l’urbanisme dense, robuste et populaire Ce qui se passe au Vietnam mérite d’être étudié dans toutes les écoles d’urbanisme Ce qui se passe au Vietnam mérite d’être étudié dans toutes les écoles d’urbanisme dont le XXIème siècle a tant besoin ?

Pourtant, force est de constater que les pouvoirs publics et nos grands architectes continuent d’agir comme si c’était l’Europe qui était en avance sur son temps…

En France je défends, depuis quelques années, l’idée d’un urbanisme composé de milliers de micro-projets portés par des maîtres d’ouvrage habitants.

Des individus, des familles et des entrepreneurs qui, à l’aide des professionnels de l’immobilier et de la construction, transforment, agrandissent, subdivisent, embellissent et adaptent leur habitat à leurs besoins.

Un habitat qui finit par leur ressembler.

Bien sûr, cela ne veut pas dire absence de cadre. La puissance publique joue un rôle décisif : elle viabilise, aménage, équipe, trace, maille, organise les mobilités, les infrastructures, les espaces publics.

Mais elle ne dessine pas tout à la place de tout le monde.

Et c’est une différence fondamentale.

D’un côté, l’urbanisme hérité du XXe siècle : macro-lots, grands projets, grande promotion immobilière, formes répétitives, architecture standardisée jusqu’à l’ennui.

De l’autre, un urbanisme vivant, incrémental, fin, composite, où la ville se fabrique par additions, adaptations, appropriations et corrections successives.

Je crois fermement que le XXIe siècle est l’ère du sur-mesure, de la personnalisation, de l’individualisation Nos villes contemporaines gagneraient à être personnalisées Nos villes contemporaines gagneraient à être personnalisées .

Mais notre urbanisme politique, administratif et élitiste reste encore trop souvent enfermé dans les outils mentaux du XXe siècle : le grand projet, le grand plan, le grand dessin venu d’en haut, pensé jusque dans les détails.

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder ce qui se passe ailleurs.

Le Vietnam est sans doute aujourd’hui l’un des endroits du monde où cet urbanisme organique est le plus florissant.

Des décennies d’apprentissage de la parcelle fine, du micro-lot, de la maison étroite, élancée et profonde, croisées avec un syncrétisme stylistique étonnant mêlant influences vernaculaires, traditionnelles, orientales, néocoloniales, modernes et contemporaines.

Et un résultat éblouissant : un tissu urbain dense, incrémental, intensément personnalisé, qui produit au quotidien une densité populaire, vivante, habitée, belle.

Et pendant ce temps, à Hô Chi Minh-Ville, Foster + Partners dessinent un masterplan de 117 Ha qui réactive tous les réflexes du siècle passé.

Tout y est : la répétition, le contrôle, la composition rigide, la programmation massive…

Le contraste avec l’urbanisme organique vietnamien du quotidien est saisissant.

Voulons-nous continuer à fabriquer la ville comme un produit standard ?

Ou réapprendre à la coproduire comme une œuvre collective, fine, évolutive et vivante Nos villes vivantes sont sans doute nos plus belles oeuvres Nos villes vivantes sont sans doute nos plus belles oeuvres  ?

Aujourd’hui, qui doit apprendre de qui ?

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