Parmi les floraisons précoces qui annoncent le retour du printemps, il y en a qu’on ne regarde plus.
Le cognassier du Japon (Chaenomeles japonica et C. x superba) est de ceux-là.
Charme suranné de ses fleurs rouge-orangé sur ses rameaux sombres et épineux.
Le coup d’éclat printanier passé, il se fond dans le décor en anonyme.
Et c’est à l’automne et en hiver qu’il s’éclaire à nouveau, avec des fruits d’un jaune lumineux qui détonent dans le paysage au moment où les tons gris et bruns dominent.
Il nous évoque volontiers les jardins des pavillons de nos grands-parents ou les aménagements des abords de voiries où il a été en vogue dans les années 60 et où il fait depuis figure d’indestructible.
À en oublier que la tradition poétique du haïku se sert de son nom (boke no hana — 木瓜の花) pour capter l’essence d’une saison — le printemps.
Il mérite pourtant qu’on lui redonne une place dans nos villes et nos jardins.
1. Un allié pour la faune urbaine
La floraison de février à avril, sur bois nu est une ressource clé pour les abeilles, bourdons et syrphes en sortie d’hiver — c’est une des toutes premières disponibles dans le jardin. La floraison peut durer trois semaines à trois mois selon les années mais le changement climatique comprime cette fenêtre.
Son port dense et épineux — quasi impénétrable — crée des sites de nidification pour les oiseaux et un refuge pour la petite faune. Les fruits d’automne nourrissent oiseaux et petits mammifères. Des chercheurs serbes concluent en 2024 à la nécessité vitale
de cet arbuste dans la strate arbustive des parcs pour la préservation de la biodiversité.
2. Des fruits que la science redécouvre
En Lettonie, on les appelle citrons du Nord
— ils contiennent jusqu’à trois fois plus de vitamine C qu’un citron. Leur arôme est remarquable : ananas, girofle, vanille. Trop acides pour être mangés crus, ils font d’excellentes gelées.
En 2020, des chercheurs polonais ont montré qu’ils sont aussi riches en composés bioactifs d’intérêt médical — antioxydants, anti-inflammatoires, avec des pistes de traitement sur le diabète, l’obésité et certains cancers.
3. Chaenomeles japonica, celui qui mériterait d’être davantage cultivé
Les arbustes de nos jardins sont presque toujours Chaenomeles × superba, un hybride. Le vrai Chaenomeles japonica fait l’objet d’une filière fruitière complète que la France ignore. Les pays Baltes cultivent plus de 400 hectares de cultivars — Rasa
, Darius
, Rondo
: des variétés sans épines et à gros fruits, taillées pour les petits jardins, les vergers urbains et l’agroécologie.
Il nourrit les pollinisateurs quand personne d’autre ne fleurit, abrite les oiseaux nicheurs, produit des fruits que la science redécouvre et il encaisse l’évolution climatique sans peine.
En somme, l’arbuste de grand-mère pourrait bien être l’un de ceux du siècle qui vient.