Pour agir mieux et plus vite, nous avons besoin de confiance, et non de culpabilité

Décryptages
Publié le 01/04/26
Mis à jour le 01/04/26
3min de lecture
Pour agir mieux et plus vite, nous avons besoin de confiance, et non de culpabilité
David miet

Floirac, Gironde, France

Dans le vocabulaire militaire, l’expression  porter atteinte au moral des troupes  désigne tout ce qui, délibérément ou non, consciemment ou non, affaiblit la capacité d’un collectif à agir : semer le doute, installer la lassitude, faire perdre confiance dans l’utilité de l’effort.

L’effort de réussir enfin à densifier les villes plutôt qu’à poursuivre leur étalement, par exemple…

Démobilisation (densifier, est-ce bien nécessaire ?), désorganisation (faut-il vraiment construire proche des emplois ?), inefficacité (et si on densifiait là où il n’y a pas de demande ?), sentiment du  à quoi bon ?  (la natalité baisse, de toute façon…) : lorsque nous affaiblissons notre moral (construire, c’est mal) c’est en réalité notre capacité réelle à bien agir qui est attaquée.

Nous partons d’une idée apparemment évidente : il faudrait d’abord provoquer une  prise de conscience , informer, alerter…

Mais rien ne garantit que cette  prise de conscience  produise de l’action utile : on peut être parfaitement conscient… et paralysé. On peut comprendre… et renoncer en se sentant impuissant.

La prise de conscience, lorsqu’elle devient le sujet principal, transforme peu à peu l’action concrète en évaluation morale.

Chaque geste est pesé, comparé.

Une forme de comptabilité s’installe :

  • Ce que l’on a  bien fait .
  • Ce que l’on peut s’autoriser en retour.

Les ordres de grandeur se brouillent, les arbitrages deviennent incohérents, et l’énergie se dissipe dans le calcul.

Et à ce petit jeu, c’est toujours le scénario de l’inaction qui gagne la compétition de la vertu.

Le calcul permanent modifie la nature même de l’action : il la rend intéressée.

Or une longue tradition philosophique a défendu exactement l’inverse : l’idée que les actions les plus justes sont souvent celles qui ne sont pas guidées par le calcul de leurs effets, ni par la volonté d’en tirer un bénéfice moral, mais par une forme de désintéressement.

Agir, non parce que c’est labellisé, mais parce que cela s’impose, simplement :

  • Par amour du métier, de l’action juste.
  • Par intuition, savoir-faire, bon sens.
  • Par expérience.

Et parce que celui qui a besoin d’être logé est bien là, devant vous.

À mesure que tout devient explicite, décortiqué, évalué, décomposé, l’action perd en fluidité. Elle devient plus lourde, incertaine, fragile. Elle devient négociable.

Et quand certains savent plus que les autres, jugent plus et prescrivent plus… un groupe social se constitue, très informé, très visible, qui explique, recommande et finit par prêcher.

Un clergé dont le statut est mieux assuré lorsqu’il distille le doute ou qu’il répète les mantras de la sobriété Le piège de la sobriété simple Le piège de la sobriété simple (pour les autres) que lorsqu’il s’évertue à nous donner les moyens de poursuivre nos efforts.

Une société qui doute de l’utilité de ses efforts, dont le moral s’érode, agit moins. Et une société qui agit moins, ne peut pas opérer sa transition.

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