Aujourd’hui, croire qu’au vu des perspectives démographiques françaises, qui sont stables à l’horizon 2100, le parc bâti existant sera presque suffisant pour répondre aux besoins en logements, et donc qu’il nous faudra construire de moins en moins de logements neufs à l’avenir.
Pour montrer en quoi cette croyance est erronée, j’emprunte cette carte, très didactique, produite par Esri France, qui montre une projection de la France en 2035.
On y voit :
- Des territoires peu denses qui vont accueillir de la population dans les 10 années qui viennent.
- Des territoires déjà très denses qui vont continuer d’accueillir également.
Mais aussi :
- Des territoires peu denses qui vont encore se dédensifier en population.
- Des territoires denses, mais qui vont perdre en population.
Ce que cette carte montre est majeur.
C’est un phénomène dont nous commençons tout juste à prendre conscience en France, alors qu’il est déjà bien plus avancé dans de nombreux pays : des migrations géographiques internes importantes.
Les Français bougent. Ils changent. Ils déménagent. Ils vont :
— vers les grandes métropoles de l’ouest et du sud (métropolisation) ;
— vers les littoraux atlantique et méditerranéen (littoralisation).
Ce n’est pas nouveau. Mais cela s’accélère fortement depuis une dizaine d’années. Et cette polarisation géographique va se poursuivre dans les 10 années qui viennent.
La conséquence, c’est qu’indépendamment du sujet de la croissance démographique nationale, ce sont les soldes locaux qui vont compter du point de vue des besoins en logements : comme nous ne pouvons pas emmener nos logements avec nous, nous allons avoir des besoins en logements neufs sur la côte ouest
La France n’a pas encore compris le génie de sa West Coast…
, par exemple, et en même temps une vacance de logements qui augmentera dans les zones blanches et bleues de cette carte.
Voici une mise au point qui s’impose.
1. Peut-on dire aux Français d’aller ailleurs ?
Peut-on dire aux médecins, aux auto-entrepreneurs, aux retraités, aux étudiants et aux touristes qui souhaitent aller à l’ouest, d’aller ailleurs ? Je ne le crois pas. Le 19e siècle paternaliste est derrière nous. Les individus sont libres.
Je crois que c’est aux employeurs de s’adapter à la géographie qui vient : à la géographie du désir des forces vives qui feront avancer la France.
2. Est-ce problématique du point de vue environnemental ?
Si l’on accepte de ne pas raisonner en silo : NON.
Nous allons construire plus, et certains bâtiments seront vacants. Mais les gains en ressources, émissions de CO2 et en baisse de la pression sur la biodiversité qui proviendront du regroupement spatial de la population dans des espaces denses, équipés et desservis par des transports décarbonés, seront bien supérieurs.
Le regroupement spatial n’est pas un problème. C’est une solution. À piloter, et à organiser, si l’on souhaite qu’elle soit juste socialement.