Étape de la mer Noire sur la route de la Soie : le platane, ce migrant inutile

Cadres de vie
Publié le 20/07/26
Mis à jour le 20/07/26
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Étape de la mer Noire sur la route de la Soie : le platane, ce migrant inutile

Yves Darricau

La route depuis Byzance longe la mer Noire et croise une flore extrêmement riche dont la quasi-totalité a été redistribuée par utilité ou par curiosité. Parler de curiosité est une évidence dans le cas du platane (Platanus orientalis), qui y pousse en forêts de ripisylves : un bel arbre, grand, longévif, à grande adaptabilité pédoclimatique, transplantable en individus déjà élancés, à ramure taillable et corvéable, mais sans utilités majeures : ni fleurs, ni fruits, de si jolies feuilles mais coriaces, un beau tronc mais un bois sans qualités…1

Un  inutile  planté et vénéré par les Grecs et les Perses, que les Romains ont introduit jusqu’en Sicile puis poussé vers notre Provence (à compter de l’an 50 ?). Sa migration sera reprise par Pierre Belon, contemporain de François Ier, qui parcourut le Levant et le sema jusqu’à Paris… La migration, vers 1650, du cousin d’Amérique (Platanus occidentalis) via Londres et Madrid lui apporta des gènes et une vigueur d’ hybride , de champion pour nos villes, nos places, nos routes, nos canaux…

Sa migration se poursuivit jusqu’à la concession française de Shanghai (en 1902) d’où il prospéra, en y étant baptisé  arbre des Français 2.

Le migrant inutile a réussi une belle vie qui pourtant partait mal : l’agronome romain Pline, si féru de plantes, s’étonnait qu’on fasse migrer un tel arbre exotique pour le seul bénéfice de son ombre ! Il ne voyait pas sa vraie nature de créateur d’ambiance civilisationnelle dans tous les paysages.


Yves Darricau
Figure n°1 : Le boqueteau du recueillement (Abbaye de Belloc, 64240)

Yves Darricau
Figure n°2 : La place sereine : ombre, banc, boules, philosophie… (Fourcès, 32250)

Planté à l’excès, en monocultures facilement attaquées par le chancre…, ou jugé accidentogène le long des routes, on a oublié ce migrant si beau et si inutile comme aurait dit Cyrano.

Réparons l’injustice, rouvrons nos espaces au platane oriental, bien sûr pour son adaptation au climat qui vient, et constatons que pour renforcer nos flores stressées, il n’y a pas de migrants inutiles.


Notes :

  1. EUFORGEN,  Platanus orientalis , mise à jour en 2026.
  2. Wikipédia,  Concession française de Shanghai , dernière modification le 06/07/2026.