Remonter la route de la Soie pour y trouver des championnes capables de renforcer nos flores locales
est un pari gagnant, mais trouver une pépite parmi les roses est pour le moins inattendu !
L’histoire de la rose, parfaitement corrélée à celle de la Route, peut se résumer ainsi : notre églantier a d’abord reçu le renfort des Gallica romaines, glanées dans le Caucase. Puis, les croisades apportèrent les Damas, chiffonnées, très parfumées.
Ces Damas, déjà des hybrides entre Gallica et des asiatiques, ont suivi les Turcs jusqu’en Bulgarie, et les Arabes jusqu’en Andalousie ; accompagnées de l’alambic (création perse) pour l’eau de rose et autres eaux-de-vie (autre retombée de la route de la Soie, avec la vigne arménienne).
Avec elles, on commença à avoir des sélections horticoles pour les jardins, et un souci de trouver de nouvelles sauvages pour hybrider…
Ce qui se produisit avec Rosa chinensis, chinoise remontante, arrivée fin du XVIIIème siècle par la route de la Soie maritime ; ce qui lui valut le nom de rose du Bengale, puis après halte à La Réunion, le nom de rose Bourbon.
Rosa chinensis monopolisa alors toutes les créations horticoles, et les dirigea vers le graal des floraisons continues, des couleurs variées, mais moins de parfums et des étamines disparues dans les nombreux pétales…
Au bilan à ce jour, plus de 30’000 variétés en catalogue ; un exploit lié à une passion, et qui n’est pas encore au bout de la route…
Il y a en effet au moins une rose oubliée dans cette histoire, et qui mérite un éclairage tant elle apporte de qualités face aux défis du moment. Cette oubliée est la rose de Perse, Rosa persica, découverte en 1784 par le botaniste André Michaux, qui parcourut les steppes de l’Iran. Une championne de l’extrême naturellement établie jusqu’au Xinjiang (et ses 200 mm de pluie).

La persane a de très jolies fleurs simples, jaunes à macules rouges qui font bien ressortir les étamines ; elle fut cultivée (au jardin du Luxembourg), puis abandonnée, débordée par les roses remontantes issues de chinensis.
L’ouverture de la Chine par la route maritime de la Soie lui fut fatale.
Ce n’est que récemment que ses qualités furent reprises, permettant des introductions là où les roses n’ont plus leur place.
On verra les pistes de la très compétente RHS1.
Une autre solide raison de la faire sortir de l’oubli, comme tous les rosiers à étamines visibles, est leur richesse en acides aminés essentiels, tout simplement remarquable. Le tableau ci-dessous2 indique que deux rosiers sont dans le top 10 des meilleurs pollens.

Alors, vite des persanes dans tous les ronds-points d’Occitanie !
Notes :
- Daniel Myhill,
Using Rosa persica hybrids in the garden
, RHS. - Khara W. Stephen, Katherine D. Chau et Sandra M. Rehan,
Dietary foundations for pollinators: nutritional profiling of plants for bee health
, Frontiers in Sustainable Food Systems, vol. 8, 26 juin 2024