Comme c’est beau : à Tokyo, on peut habiter une maison sur un terrain de 38 m² et vivre dans une métropole où la voiture ne représente que 12 % des déplacements.
Ce n’est bien sûr pas la maison individuelle, qui rend dépendant de la voiture. C’est sa localisation et la manière dont la ville est organisée.
Cette petite maison a été construite en 2024 dans le quartier de Kagurazaka, à Tokyo.
- Terrain : 4,9 m × 7,7 m, soit moins de 38 m².
- Surface habitable : environ 60 m², répartis sur 4 niveaux.
- Architectes : Takumi et Riho Wakui, de trwar architects.
Une maison conçue sur mesure, pour ses habitants, sur une parcelle minuscule, dans un tissu urbain constitué progressivement, au fil des générations.


Et ce qui est remarquable à Tokyo, c’est que cette maison n’a rien d’une anomalie.
La métropole japonaise est constituée d’un immense océan de maisons
, ponctué de petites rues, de commerces, de services et de gares.
Et cet océan de maisons fonctionne remarquablement bien avec les transports collectifs.
Quelques chiffres :
- 🚗 12 % des déplacements en voiture.
- 🚇 47 % en transports en commun.
- 🚶 24 % à pied.
- 🚲 17 % à vélo.
Pourquoi ?
Parce que Tokyo a réussi à combiner deux formes urbaines complémentaires :
- Une forte concentration des activités et des constructions autour des gares ;
- Une immense diversité de petits quartiers résidentiels, denses, évolutifs, accessibles à pied depuis ces gares.
La maison individuelle n’est donc pas nécessairement synonyme d’étalement urbain.
Et la densité n’est pas nécessairement synonyme de grands immeubles.
On peut habiter une petite maison, dans une petite rue, sur une petite parcelle, tout en bénéficiant des opportunités d’une métropole de plusieurs dizaines de millions d’habitants.
C’est même l’une des grandes réussites de l’urbanisme tokyoïte : avoir construit une métropole mondiale à partir de milliers de quartiers à taille humaine
Vivre en maison à quelques minutes à pied du métro
.
Une leçon précieuse pour nos villes françaises qui hésitent à grandir devant la frilosité de leurs habitants.
Nous avons déjà les maisons, les jardins, les rues, les réseaux et les gares.
Il nous reste à permettre à ces tissus urbains de se transformer, progressivement, parcelle après parcelle
Pour un « Notre-Dame des petits projets »
.
Le logement familial abordable en métropole aujourd’hui, ce sont les (tout) petits terrains. Pour le plus grand plaisir de nos yeux.
Cette parcelle est sans doute artificialisée à 100 %.
Ce que l’écologie de courte vue (l’écologie des bonnes intentions
« Réinventer »… la maladie du siècle
, des petites actions simplistes, qui se transforme vite en fonctionnalisme et en bureaucratie verte) ne voit pas, c’est ça : à Tokyo, on peut habiter une maison sur un terrain de 38 m² et vivre dans une métropole où la voiture ne représente que 12 % des déplacements.
En urbanisme, il ne faut donc pas juger la vertu de chaque action en elle-même, de façon morale (artificialiser, c’est bien ou c’est mal ?), mais apprécier une vision d’ensemble, un système intelligent dans lequel chaque partie a son rôle et ne peut pas être jugée sur le même référentiel que les autres.
Il faut une pensée technique, en somme, politique, mais non morale et non simpliste.
Nous avons déjà goûté à ces échecs de la pensée des villes (le couple fonctionnalisme + hygiénisme des années 1930) et nous n’avons absolument pas besoin de recommencer ces erreurs aujourd’hui.
C’est la raison pour laquelle je préfère les artistes qui parviennent à glisser une petite maison sur un terrain de 38 m² que les artistes du verbe qui donnent la hardiesse, à nos administrations, de pondre un nouveau DPE du sol…