Et cela ne va faire que se renforcer.
Je rebondis sur cette actualité : la Ville de Paris vient de renoncer au projet d’aménagement de Bercy-Charenton, une opération portée sur d’anciens terrains ferroviaires de la SNCF, dans le sud-est de la capitale.
Des années d’études, de concertations, de montages techniques et financiers, menées par de nombreux partenaires publics et privés.
Du temps et des moyens d’ingénierie engagés sur plusieurs années. Qui ne déboucheront sur aucun logement livré.
Zéro.
Cet abandon illustre la déclinante capacité de notre pays à mener à leur terme de grandes opérations d’aménagement.
Est-ce une mauvaise nouvelle pour le logement ? Pas nécessairement.
À l’inverse des projets titanesques, lourds, et fragiles, la ville qui se produit sous nos yeux relève d’un urbanisme qui n’a rien à voir avec celui du 20e siècle auquel nous avions fini par nous habituer…
Sur les 5 dernières années, les 2/3 des logements neufs produits en France ont été produits en « diffus », c’est-à-dire hors opération d’aménagement.
Pour l’individuel comme pour le collectif.
La lourdeur des grands projets, leur complexité croissante, leur acceptabilité très difficile, et leurs coûts finalement exorbitants, ne vont rien faire pour inverser cette tendance.
Et surtout : ils peinent à séduire.
Le futur de l’urbanisme : du diffus organisé, accompagné, piloté. Amplifié et qualifié.
Densification progressive plutôt que création ex nihilo d’une densité forte.
Densification douce, ou forte, mais ponctuelle, diffuse : incrémentale.
La clé se trouve :
- dans la qualité des règlements d’urbanisme, qui vont fonctionner comme un véritable code de la forme urbaine,
- et dans le talent et la plasticité des opérateurs. Et de leurs concepteurs.
Urbanisme agile. Miniaturisé.
Immobilier léger. Peu risqué.
Petites opérations, plus robustes.
Dont une part significative à maîtrise d’ouvrage habitante.
La plupart des industries entrent dans une phase de miniaturisation et de personnalisation, de massification du sur-mesure.
La nôtre s’apprête à connaître le même basculement, avec le retour en force de la maison individuelle et de l’acte d’acheter un terrain pour faire bâtir.
Nous entrons dans l’ère d’un urbanisme qui sera organique :
- distribué (des milliers de petits projets),
- tout en étant pilotable par la collectivité (via ses règlements et de l’ingénierie pour activer, débloquer, pousser et qualifier ces projets plutôt que pour les bloquer).
C’est cet urbanisme, et non celui des grandes opérations d’ensemble, qui a produit les plus belles villes du monde, sur tous les continents.
Certes, nous ne savons plus trop l’opérer, après un siècle d’étalement urbain et d’opérations lourdes, et rigides.
Mais le diffus produit déjà 200’000 logements par an sur les 5 dernières années. Dont une part significative en densification.
Il faut faire monter en volume et en gamme cette production de tous les jours. Et faire en sorte que les pouvoirs publics cessent d’être obnubilés par les grands projets qui sont lourds, longs, et dont la contribution est aujourd’hui finalement minoritaire.
Il faut autoriser la transformation généralisée de nos territoires, dans toutes les zones constructibles, remettre en mouvement tous les quartiers, les rendre à nouveau dynamiques, vivants, accueillants.
Et ce ne sont pas les grandes opérations qui nous le permettront. Mais des millions de micro-opérations.