[Coup de gueule] : Qu’il y ait des débats houleux et plus ou moins sincères entre groupes politiques, soit. Mais amis urbanistes, architectes, constructeurs, promoteurs : allons-nous laisser longtemps le débat public s’organiser autour de contre-vérités aussi flagrantes et féroces dans leurs conséquences ?
Construire et loger les habitants en ville serait contraire à l’adaptation de notre cadre de vie bâti au changement climatique, aux épisodes caniculaires, vraiment ?
Les arbres seraient l’alpha et l’oméga de la création ou de la préservation d’îlots de fraîcheur en ville, vraiment ?
Il faudrait opposer l’accueil, la densification, et la protection des habitants contre les épisodes de chaleur, vraiment ?
C’est assez incroyable.
Les villes du sud de l’Europe et de l’ensemble du pourtour méditerranéen l’ont pourtant testé, éprouvé et raffiné pendant des siècles : ce qui protège du chaud, c’est l’ombre, et la première ombre, la plus puissante, est produite par le bâti, les profils étroits des rues et des cours, les étages supplémentaires qui protègent les façades de l’exposition aux rayonnements solaires directs.
Les cours andalouses permettent de conserver entre 6 et 14 degrés de moins que la température de l’air extérieur lorsqu’il fait 40 degrés à l’ombre en Andalousie, dans des micro-espaces qui créent des microclimats par une architecture qui a évolué et s’est construite grâce à des décennies d’apprentissage.
Planter et végétaliser est utile.
C’est même une demande très forte, et légitime, des habitants.
Mais ce qui est fondamentalement faux :
- c’est de faire croire, ou de présupposer, que construire, bâtir, serait néfaste ou contre-productif vis-à-vis de l’enjeu de protection des habitants face aux canicules,
- c’est d’opposer les plantations et la végétalisation à la construction,
- c’est de faire croire que le 1er levier de rafraîchissement urbain serait le végétal, et non le bâti lui-même et ses accessoires.
C’est faux.
Qu’attendons-nous pour informer les journalistes et les élus locaux pour leur expliquer que ce ne sont ni les arbres, ni la pleine terre, qui nous protégeront du chaud mais, en premier lieu, l’ombre créée par le bâti ?
Les conséquences de notre manque de courage, de notre paresse sont dramatiques : l’acte de construire en ville, là où l’habitat permet un mode de vie décarboné, devient illégitime, contesté, plus rare. On relance l’étalement urbain, les déplacements en voiture subis, leurs coûts pour les ménages et leurs émissions de CO2.
En refusant de construire en ville :
ON ACCÉLÈRE LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE.
Quand oserons-nous contredire les journalistes, et les élus locaux, dans ce genre de joutes dont les présupposés sont faux ?
