Le sophisme anti-densification qui accélère l’étalement

Décryptages
Publié le 01/10/26
Mis à jour le 01/10/26
3min de lecture
Le sophisme anti-densification qui accélère l’étalement
Denis Caraire

Vue du ciel de La Rochelle, France

 Densifier, ou préserver ?  Amis architectes, urbanistes, constructeurs, paysagistes, écologues : il va falloir que nous apprenions à détecter et désamorcer ce genre de faux dilemme.

La crise du logement et la crise environnementale ont de nombreuses causes.

L’une d’entre elles réside dans l’usage de plus en plus répandu de quelques sophismes trompeurs, qui introduisent une forme de confusion inutile là où il devrait y avoir de la décision, de l’action et des résultats concrets.

Ces sophismes finissent par dissoudre la possibilité d’un débat public en l’enfermant dans de fausses alternatives.

En l’occurrence : Eric Charmes sait très bien :

  • qu’on peut densifier le pavillonnaire et améliorer l’entretien et la gestion des jardins, de façon concomitante ;
  • que ne pas densifier ici a pour effet d’urbaniser plus loin : plus d’artificialisation des sols, plus de kilomètres parcourus en voiture, plus d’émissions de CO2, accélération du changement climatique et de la perte de biodiversité.

Eric Charmes | linkedin.com

Choisit-il de présenter l’alternative réelle, à savoir construire ici en densification douce, ou loger cette même famille plus loin ?

Eh bien, non.

Il nous présente une alternative qui n’en est pas une, entre le bien et le mal.

Et lorsqu’il présente le scénario du bien ( préserver ), il omet soigneusement d’en décrire les effets rebonds, qu’il connaît pourtant.

Et nous voici donc avec une confusion construite sur un sophisme qui commence par :

 toutes choses égales par ailleurs… 

Il se trouve qu’aucun urbaniste ne pense le devenir d’une ville, d’une agglomération, en entamant des raisonnements par un  toutes choses égales par ailleurs .

La ville est complexe. Dans son fonctionnement, tous les paramètres sont reliés. Quand le jardin est trop grand, le mode de gestion change. Jardins familiaux & jardins privés : comment la division parcellaire démocratise l’accès au potager Jardins familiaux & jardins privés : comment la division parcellaire démocratise l’accès au potager Et c’est le mode de gestion, l’usage, qui est la clé de la valeur du jardin.

Mais notre sociologue a décidé de figer, arbitrairement, la variable sociologique.

Comme nos ingénieurs du bâtiment qui considèrent dans leurs calculs que ce sont les bâtiments qui consomment de l’énergie, alors que ce sont en réalité les habitants et leurs usages…

 Toutes choses égales par ailleurs  ne nous avance à rien.

Partons de bases plus solides, plus constructives : on peut densifier le pavillonnaire et enrichir ses jardins Le guide de la végétalisation et de la densification douce Le guide de la végétalisation et de la densification douce .

Est-ce que c’est automatique ? Non.
Est-ce que l’inverse est automatique ? Non plus.
Est-ce qu’on a des leviers pour que ce soit le cas ? Oui.

Est-ce que ces leviers sont présentés par l’auteur ? Non.
Quelles sont les raisons de cette omission ? Inconnues. Mais il crée de la confusion à l’endroit d’un outil qui permet de loger les familles sans étaler les villes.

Cette confusion a-t-elle un impact concret ? Oui : il suffit d’ouvrir un PLU d’une métropole française et d’y constater le déploiement généralisé d’outils de blocage de la densification.

Ce faux dilemme est un accélérateur du changement climatique Refuser de construire en ville accélère le réchauffement climatique Refuser de construire en ville accélère le réchauffement climatique , de la perte de biodiversité, et de l’exclusion sociale.

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