Bien d’accord sur l’intention : doubler la production.
Enfin les choses sont dites clairement, avec le bon ordre de grandeur.
Mais sur la méthode, malheureusement : non. Le localisme ne résoudra pas à lui tout seul la crise du logement.
Chaque constructeur de maison, chaque promoteur vous le dira : en 2026, quand il arrive en mairie avec un projet de 2 logements, on lui demande systématiquement de réduire le projet, c’est-à-dire de passer de 2 à 1 logement : pour que le permis de construire passe.
Donc on ne double pas.
On divise par deux.
Et cette division par 2 n’est pas décidée à Paris.
Mais dans le bureau du maire, ou de ses services urbanisme, en zone tendue : là où les besoins sont les plus forts.
La fiscalité de l’immobilier est bien un problème national.
Mais le blocage opérationnel du logement se situe bien, quant à lui, au niveau local.
Et personne n’ose le dire.
Aujourd’hui les organes du pouvoir local, le maire et son conseil municipal, le conseil communautaire de l’intercommunalité, sont bien seuls face à un NIMBY plus puissant de jour en jour, armé de nouveaux arguments superficiellement écologiques que manipulent aussi bien les riverains que, de plus en plus, les professionnels de l’urbanisme, qui assimilent leur cadre de vie personnel avec l’environnement dans son ensemble…
Le NIMBY des zones tendues pousse à interdire la densification en ville et dans le périurbain, sous les fenêtres de ceux qui sont déjà bien logés, c’est-à-dire là où il faut précisément construire pour des raisons environnementales.
Jean-Louis Borloo, je ne vois pas comment un maire de zone tendue pourra tout seul, avec les règles actuelles, doubler la production là où c’est nécessaire. Le cas que l’on observe le plus souvent, c’est qu’il en a déjà le pouvoir, et qu’il fait l’inverse : il réduit la voilure.
Le problème du logement est certes en partie à Paris (toute la fiscalité de l’immobilier).
Mais c’est aussi le voisin :
- qui croit qu’il a acheté, avec sa maison, une servitude globale sur tout le quartier pour que celui-ci reste comme il est malgré l’évolution des besoins,
- et qui fait pression sur son maire pour construire moins.
Je suis pour ma part pour qu’une partie de la TVA immobilière revienne aux maires bâtisseurs, pour que les élus locaux retrouvent des marges de manœuvre financières pour équiper, desservir, accompagner la densification, requalifier et adapter la ville existante pour qu’on y vive mieux.
Mais sur la décision de bâtir ou de ne pas bâtir, le jeu de force actuel est trop en faveur de l’ultra-localisme, en tout cas dans les 5 ou 10 % du territoire qui sont tendus
et qui concentrent une très grande partie de nos difficultés. Pour aider le maire à bâtir, il ne faut pas le laisser seul face au NIMBY.