On ne peut pas comprendre comment une ville se transforme si l’on ne comprend pas ce que veut dire « récursif »

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Publié le 30/03/26
Mis à jour le 30/03/26
3min de lecture
On ne peut pas comprendre comment une ville se transforme si l’on ne comprend pas ce que veut dire  « récursif »
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Casa Mila de Gaudi, îlot de Cerda, Espagne

Dans mon précédent article On ne peut pas comprendre ce qui rend une ville vivante sans comprendre ce que veut dire « incrémental » On ne peut pas comprendre ce qui rend une ville vivante sans comprendre ce que veut dire « incrémental » , je rappelais qu’on ne peut pas comprendre ce qui rend une ville vivante sans comprendre ce que veut dire  incrémental .

Mais l’incrémentalité ne suffit pas.

Elle dit une chose essentielle : la ville se transforme par étapes.

Elle ne dit pas encore comment ces étapes sont produites, ni de quoi elles dépendent.

Pour cela, il faut introduire un deuxième concept : la récursivité.

Un détour par les mathématiques permet de clarifier la différence.

Une évolution incrémentale peut se formaliser comme une suite où l’on ajoute une quantité constante :

uₙ₊₁ = uₙ + 1

On progresse pas à pas, par addition.

Une évolution récursive est d’une autre nature.

Chaque terme est défini à partir du précédent, selon une règle de transformation :

uₙ₊₁ = f(uₙ)

On n’ajoute pas simplement.

On transforme un état existant selon une règle.

Le résultat de l’étape n devient la condition de l’étape n+1.

La distinction est décisive.

  • L’incrémental décrit le fait qu’il y a des étapes.
  • Le récursif décrit la manière dont chaque étape est produite à partir de la précédente.

Or une ville réelle n’évolue jamais à partir de zéro.

Elle évolue toujours à partir d’elle-même.

Une division parcellaire reconfigure un découpage existant.

  • Une surélévation transforme une structure existante.
  • Un changement d’usage reprogramme un bâti existant.
  • Une rue évolue à partir de flux, de bâtis et d’usages déjà constitués.

Mais cela ne suffit pas encore à décrire le phénomène.

Car les transformations futures ne dépendent pas seulement de l’état matériel hérité.

Elles dépendent aussi du système de règles en vigueur :

  • Des règles d’urbanisme.
  • Des servitudes.
  • Des possibilités de division, de surélévation, de changement d’usage, de densification.

Autrement dit, une étape urbaine dépend à la fois :

  • de l’état présent du tissu,
  • des transformations passées qui l’ont produit,
  • et du cadre réglementaire qui détermine ce qu’il est possible de faire ensuite.

Et ce cadre, lui aussi, évolue.

C’est cela, au fond, la récursivité urbaine.

Chaque état de la ville contient les conditions du suivant.

La ville se transforme à partir d’un état hérité, à travers un système de règles qui sélectionne, autorise, freine ou interdit certaines bifurcations.

Un projet n’est pas un objet isolé.

C’est une intervention dans une chaîne de transformations.

Et un règlement d’urbanisme n’est pas un simple document de contrôle.

C’est un opérateur fondamental de la récursivité urbaine.

Il ne faut pas que poser des gardes fous dans la ville.

Il détermine les transformations qu’elle pourra admettre à partir d’elle-même.

La question importante devient alors la suivante :

Le système de règles que nous écrivons rend-il les transformations futures plus nombreuses, plus fines, plus accessibles, plus intelligentes ?

Ou bien bloque-t-il la capacité de la ville à continuer à évoluer ?

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