Étape de l’Empire ottoman sur la route de la Soie : la tulipe

Cadres de vie
Publié le 21/07/26
Mis à jour le 21/07/26
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Étape de l’Empire ottoman sur la route de la Soie : la tulipe
Yves Darricau

La Tulipe précoce des vignes : tulipa raddii, la romaine.

Dans l’espace turc (plus exactement celui de l’ex-Empire ottoman) que traverse la route de la Soie, de nombreux paysages steppiques abritent de belles plantes à bulbes, à remarquables floraisons colorées.

La plus célébrée y est la tulipe, infusant dans toute la culture ottomane, puis européenne, culminant jusqu’au XVIIe siècle avec l’étonnante  tulipomania  et la bulle financière qui en résulta1.

À vrai dire, l’attrait pour les tulipes et leur migration chez nous est une très vieille histoire, injustement oubliée : elle avait débuté, et en grand si l’on peut ainsi décrire son introduction, dans le sillage de la vigne romaine.


Yves Darricau
Figure n°1 : Un talus de vigne en Lomagne

On trouve en effet encore des spots de la belle Tulipa raddii, une tulipe rouge, plutôt haute, à jolies macules noires cernées de jaune, et très précoce (voir photos 1, 3 et 4). Elle s’est naturalisée à proximité d’espaces viticoles le long de voies romaines, de Narbonne à Saint-Émilion (et le long du Rhône), et a survécu de-ci de-là en dépit des désherbages, labours profonds et arrachages divers.

On lira le remarquable travail du botaniste gersois, M. Lascurettes2, qui l’a sortie de cet oubli historique : on y est bien face à l’une des premières migrations à finalité strictement jardinière !

Cette tulipe faisait partie de l’environnement végétal riche et diversifié que l’agroforesterie romaine amena jusqu’à chez nous : l’intérêt esthétique est évident, et se trouve dans le motif tulipe des mosaïques de la villa de Séviac (32250) et de tant d’autres villas gallo-romaines. Son adaptation aux conditions du travail de la vigne aura fait le reste pour sa diffusion à l’époque.


Yves Darricau
Figure n°2 : Mosaïque de la villa gallo romaine de Seviac, 32250 Montréal, Canada

Pour justifier son retour dans nos vignes, on ajoutera qu’elle offre un généreux apport en pollen précoce (fin février-mars), quand trop peu de ressources sont disponibles pour les insectes auxiliaires réveillés plus tôt par la douceur du climat qui s’installe.

Sortons-la des conservatoires botaniques, multiplions-la, et intégrons-la dans l’agroforesterie du futur : il n’y a pas de migrantes inutiles !


Notes :