Évidemment non.
Parce qu’en médecine, on sait que le corps humain réagit, compense, s’adapte…
Cette semaine, en entendant Jean-Marc Jancovici expliquer que, malgré sa formation scientifique (polytechnique et télécom), il allait rarement au-delà des règles de 3 dans son domaine
… j’ai bondi.
Non pas parce que les règles de 3 sont inutiles. Mais parce qu’en urbanisme, elles sont souvent catastrophiques.
Le problème de la règle de 3 survient lorsqu’on l’applique à des systèmes vivants : des villes
Que se passe-t-il quand on double le nombre d’habitants d’une ville ?
, des territoires habités.
En urbanisme, les raisonnements trop simples produisent des effets rebonds.
C’est-à-dire l’inverse de ce que l’on cherchait.
Confier l’aménagement de la ville a des ingénieurs qui raisonnent trop simplement, nous l’avons déjà essayé… il y a 100 ans (toutes nos villes en portent encore les stigmates).
Mais voici qu’on recommence.
Le schéma est toujours le même :
- Des bonnes intentions (l’opinion) ;
- Un modèle simple (l’ingénieur) ;
- Une politique sectorielle (l’administration) ;
- Puis les usagers qui déjouent le plan (la réalité).
L’exemple majeur en cours : la rénovation énergétique des bâtiments
La stratégie nationale bas carbone est-elle sérieuse ?
.
Le raisonnement initial est simple : mieux isolé = moins de consommation.
Donc on investit massivement (environ 5 milliards d’euros par an en France).
Mais dans les faits, l’écart de consommation entre logements très performants et logements très énergivores est 5 à 6 fois plus faible que ce que prévoyaient les modèles.
Pourquoi ?
Parce que les habitants s’adaptent :
- Ils profitent tout simplement des bâtiments mieux isolés pour avoir plus chaud ;
- Ils arbitrent en permanence ;
- Ce ne sont pas les bâtiments qui consomment, ce sont leurs usagers.
Même logique ailleurs :
- Moins construire en ville
Un logement refusé ici… sera construit ailleurs
pour des raisons de sobriété → on repousse les habitants plus loin → plus de mobilités contraintes → plus d’émissions de CO2. - Installer des ruches en ville → concurrence avec les abeilles sauvages → effets négatifs sur la biodiversité.
Toujours le même schéma : bonne intention → modèle simple → effet rebond.
L’erreur est profonde.
On raisonne sur des objets et des indicateurs en oubliant les usages, les comportements, les arbitrages. Comme si l’humain intervenait à la fin, comme un simple paramètre. Alors que c’est l’inverse.
En urbanisme organique, les décisions humaines ne sont pas une variable d’ajustement, elles sont le système.
On pourrait dire : ajoutons une dose de sciences humaines. Je n’y crois pas : on ne corrige pas une médecine absurde en lui ajoutant un peu de sociologie.
Nous devons commencer par corriger les modèles trop triviaux
Aménagement du territoire, urbanisme et habitat : ces sujets vitaux qui ne peuvent être réduits à des formules trop simples
(nos règles de 3). Ou nos raisonnements continueront d’être trop simples pour le réel que nous nous sommes donner pour projet de transformer.
Enfin : les règles de 3 rendent triste. Rien de grand ne se construit ainsi. Ni l’art. Ni la science. Ni la médecine. Ni les villes.