Imagine-t-on une médecine fondée sur des règles de 3 ?

Perspectives
Publié le 19/03/26
Mis à jour le 20/03/26
3min de lecture
Imagine-t-on une médecine fondée sur des règles de 3 ?
Thomasbr33 | wikipedia.org

Rue Jean Fleuret - quartier Mériadeck, Bordeaux

Évidemment non.

Parce qu’en médecine, on sait que le corps humain réagit, compense, s’adapte…

Cette semaine, en entendant Jean-Marc Jancovici expliquer que, malgré sa formation scientifique (polytechnique et télécom), il allait  rarement au-delà des règles de 3 dans son domaine … j’ai bondi.

Non pas parce que les règles de 3 sont inutiles. Mais parce qu’en urbanisme, elles sont souvent catastrophiques.

Le problème de la règle de 3 survient lorsqu’on l’applique à des systèmes vivants : des villes Que se passe-t-il quand on double le nombre d’habitants d’une ville ? Que se passe-t-il quand on double le nombre d’habitants d’une ville ? , des territoires habités.

En urbanisme, les raisonnements trop simples produisent des effets rebonds.

C’est-à-dire l’inverse de ce que l’on cherchait.

Confier l’aménagement de la ville a des ingénieurs qui raisonnent trop simplement, nous l’avons déjà essayé… il y a 100 ans (toutes nos villes en portent encore les stigmates).

Mais voici qu’on recommence.

Le schéma est toujours le même :

  • Des bonnes intentions (l’opinion) ;
  • Un modèle simple (l’ingénieur) ;
  • Une politique sectorielle (l’administration) ;
  • Puis les usagers qui déjouent le plan (la réalité).

L’exemple majeur en cours : la rénovation énergétique des bâtiments La stratégie nationale bas carbone est-elle sérieuse ? La stratégie nationale bas carbone est-elle sérieuse ? .

Le raisonnement initial est simple : mieux isolé = moins de consommation.

Donc on investit massivement (environ 5 milliards d’euros par an en France).

Mais dans les faits, l’écart de consommation entre logements très performants et logements très énergivores est 5 à 6 fois plus faible que ce que prévoyaient les modèles.

Pourquoi ?

Parce que les habitants s’adaptent :

  • Ils profitent tout simplement des bâtiments mieux isolés pour avoir plus chaud ;
  • Ils arbitrent en permanence ;
  • Ce ne sont pas les bâtiments qui consomment, ce sont leurs usagers.

Même logique ailleurs :

Toujours le même schéma : bonne intention → modèle simple → effet rebond.

L’erreur est profonde.

On raisonne sur des objets et des indicateurs en oubliant les usages, les comportements, les arbitrages. Comme si l’humain intervenait à la fin, comme un simple paramètre. Alors que c’est l’inverse.

En urbanisme organique, les décisions humaines ne sont pas une variable d’ajustement, elles sont le système.

On pourrait dire : ajoutons une dose de sciences humaines. Je n’y crois pas : on ne corrige pas une médecine absurde en lui ajoutant un peu de sociologie.

Nous devons commencer par corriger les modèles trop triviaux Aménagement du territoire, urbanisme et habitat : ces sujets vitaux qui ne peuvent être réduits à des formules trop simples Aménagement du territoire, urbanisme et habitat : ces sujets vitaux qui ne peuvent être réduits à des formules trop simples (nos règles de 3). Ou nos raisonnements continueront d’être trop simples pour le réel que nous nous sommes donner pour projet de transformer.

Enfin : les règles de 3 rendent triste. Rien de grand ne se construit ainsi. Ni l’art. Ni la science. Ni la médecine. Ni les villes.

Rejoignez la discussion