Rénover une maison pour lutter contre le réchauffement climatique… et la rendre plus chaude en été.
C’est ce qui arrive, apparemment, lorsqu’on standardise les solutions après avoir simplifié les problèmes.
BFM relaie une analyse d’Argile.ai portant sur quelque 700’000 audits énergétiques :
31 % des scénarios de travaux préconisés aggraveraient les températures intérieures pendant les périodes les plus chaudes.
53 % à Paris,
48 % dans les Hauts-de-Seine,
45 % dans le Val-de-Marne,
41 % dans les Côtes-d’Armor…
Certes, ce ne sont que des simulations qu’on oppose à d’autres simulations.
Mais ces contradictions ont le mérite de poser une question très concrète : comment peut-on se permettre de recommander, sur la base de simples simulations, des millions de rénovations censées améliorer la performance hivernale, tout en dégradant le confort estival ?
Comment peut-on, hiver comme été, penser piloter la performance de millions de bâtiments à partir de simulations aussi standardisées et simplistes ?
Le climat d’une maison, c’est évidemment un système complexe. L’inertie des murs, les apports solaires, les protections extérieures, l’humidité, la ventilation nocturne… les paramètres interagissent.
La géographie, le lieu, le jardin, les habitants et leurs habitudes font bien sûr partie de ce système : leurs horaires de présence, les pièces qu’ils occupent, leur capacité à ouvrir les fenêtres la nuit, à se protéger des rayonnements diurnes.
Comment peut-on imaginer qu’il soit possible de concevoir les bons travaux en faisant abstraction des trois quarts des paramètres du système ?
C’est pourtant le biais permanent des politiques de rénovation lorsqu’elles cèdent à la tentation de la normalisation et de la standardisation pour viser la massification : certains s’imaginent qu’on peut ramener la diversité des situations à quelques catégories, auxquelles il suffirait d’associer des bouquets de travaux et des barèmes d’aides.
Cette erreur dépasse largement le confort d’été.
Une personne seule dans une maison de 160 m² n’a pas les mêmes besoins qu’une famille de 5 personnes dans la maison voisine, même si leurs logements affichent la même étiquette. Pour la première, le projet peut être de s’installer au rez-de-chaussée et de rendre l’étage indépendant. Pour la seconde, de redistribuer les chambres et de rendre les combles habitables, voire de surélever pour gagner de l’espace.
Ces choix sont structurants. Ils changent les volumes à chauffer, les circulations d’air, les besoins de lumière, les possibilités de financement.
La rénovation énergétique devrait se concevoir avec ces transformations d’usage structurelles. Jamais sans.
Les saisons, les usages, les besoins spécifiques des occupants, leurs capacités financières, et leurs projets, c’est évidemment le point de départ fondamental d’un projet d’intervention sur une maison.
Seul le sur-mesure permet de comprendre une situation pour concevoir une réponse qui combine plusieurs bénéfices : c’est donc cette intelligence de conception qu’il faut déployer à grande échelle.
Pour massifier la rénovation, il faudrait standardiser les rénovations ?
C’est faux. C’est vain. Cela ne conduira qu’à des désillusions.
La voie rationnelle, c’est d’accompagner les habitants dans la transformation de leur logement à partir de leurs projets de vie réels.
Nous avons des millions de maisons à transformer ?
Il nous faudra concevoir des millions de projets sur mesure. Point.